Dis papa, dessine-moi un jardin
Cher journal,
Aujourd'hui, maman avait envie d'écrire quelque chose d'un peu différent. Je te réserve mes aventures pour une autre fois. En début d'année, maman nous a dit qu'elle aimait écrire... et bien voici un aperçu de ce que ça peut donner quand elle ne parle pas de moi, c'est moins intéressant du coup (on va pas se mentir hein), mais dans un style différent c'est pas mal.
De toute façon, je peux pas lui dicter mes aventures, je fais la sieste.
"Je serai probablement surprise de voir s'illuminer le visage de mon vieux père::
-c'est tout à fait comme ça que je le voulais." (adapté depuis A de Saint-Exupéry "Le Petit Prince")
Le jardinage, cette affaire d’homme fort qui retourne la terre à coup de bêche et de fourche.
. En pensant jardinage, j’ai souvent deux images de mon père qui me viennent à l’esprit.
Sur la première image, il fait face au soleil, il porte une chemise à carreaux dont les manches sont retroussées, binant la terre pour créer des lignes d’oignon. Il est en plein cagnard, je le vois suer, il est fatigué, mais il sourit.
Par habitude, j’arrive au jardin avec une cannette bien fraîche. Il m’entend arriver, fait une pause, s’installe sur une bûche de bois près de la haie et profite de sa cannette en silence.
Il contemple son jardin d’un air heureux, de ce regard de celui qui admire le travail bien fait, le tout en prenant appui sur sa bêche et hésite entre continuer son travail ou rester là à profiter de l’ombre.
De l’autre côté de la haie, une scène quasi identique se produit chez le voisin. Lui aussi est dans son jardin, prend appui sur sa bêche entre deux bons coups dans la terre très sèche. C’est là que mon père lui fait un signe de la main, trop épuisé pour parler.
C’est souvent ce moment que mon père choisissait pour se lever en n’oubliant pas de me passer une main pleine de terre dans les cheveux, se tourner vers moi en souriant, et retourner travailler dans son jardin. Quant au voisin, il partait se chercher lui-même à boire, et reprenait le travail dans la soirée, seul encore une fois. Son jardin se transformait pour lui en une corvée.
Avec le regard d’enfant qui était le mien, je n’ai jamais vu notre voisin observer son jardin de la même façon que mon père. Mon père était heureux de jardiner, mon voisin ne l’était pas
La seconde image quant à elle s’étend sur toute une saison, celle d’un moment de complicité entre mon père et moi, la saison des tomates.
La saison des tomates commence par l’achat des plants en grande quantité bien que nous ne soyons que trois à la maison. Il faut d’abord aller acheter les plants et porter jusque dans le coffre la dizaine de plateaux pleins à craquer de pots aux plants prometteurs. Souvent, par manque de place, j’ai même un plateau sur les genoux pendant le trajet du retour.
Puis vient la plantation ; il faut mettre les tuteurs dans le sol à équidistance. Mon rôle était bien entendu celui d’aller chercher les tuteurs d’un bout à l’autre du jardin « tu cours plus vite avec tes p’tites jambes ».
Ensuite, nous enroulions de la ficelle autour d’un dictionnaire pour avoir des morceaux de corde de la bonne longueur (comment avait-il fait ce constat en premier lieu ? Je l’ignore encore.) puis venait le travail à la chaîne.
Je remplissais un arrosoir, il remplissait un trou d’eau, j’apportais les plants, il refermait les trous. Bien souvent, j’outrepassais la règle du pantalon et des bottes au jardin pendant l’été, vive les shorts et les sandales ! Mais entre le transport des arrosoirs, la marche sur la terre et la proximité des tomates, j’embaumais le plant de tomates et avais les pieds couverts de boue au grand dam de mon père qui ne loupait aucune occasion de se moquer de moi.
Il fallait ensuite simplement laisser pousser les plants, mais aussi s’occuper des voleurs, ces tiges qui fatiguent le plan, et encore une fois « mes p’tits doigts » semblaient parfaits pour s’occuper de cette tâche.
Venait ensuite la cueillette. Surement l’un des meilleurs souvenirs de mon enfance. Mon père et moi passions entre les rangées de tomates avec chacun un carton à la main. J’étais chargée d’apporter des cartons vides et d’amener les pleins à la cuisine.
Mais entre-temps, je me chargeais de ma rangée. Et là, venait le bonheur, le plaisir de trouver une tomate bien rouge mais trop petite selon les critères de mon papa et de la savourer à même le pied. J’entends encore mon père s’étonner du temps que prenais, il se retournait alors et râlait de bon cœur en me voyant manger.
"Je n'ai alors rien su comprendre. Il m'éclairait, je n'aurais jamais dû m'enfuir! [...] J'aurais du deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires! Mais j'étais trop jeune pour savoir l'aimer." adapté depuis A de Saint-Exupéry "Le Petit Prince"
Alors journal, t'aimes bien? Je pense que maman te montrera un deuxième texte si tu aimes bien ce qu'elle fait.
A bientôt,
Maoi