Ma madeleine était un jardin,
Cher journal,
l'envie de maman est aux fraises... elle adore passer du temps avec moi mais entre un déménagement et la paperasse qui en découle, un décès dans la famille, un nouveau lieu de travail en septembre (nouveau collège, collègues, élèves)...elle ne trouve pas vraiment le temps d'écrire. Et quand le temps est là, les larmes aussi...
Pour ne pas laisser le blog totalement au repos, pour ceux qui aiment nous lire, maman reposte d'anciens textes qu'elle avait écrit et promet d'appuyer sur "Publier" dès qu'elle trouvera le temps et la force de raconter un texte entier.
"Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." Du côté de chez Swann, Marcel Proust
"On se retrouve ensemble après des années de route, et on vient s'asseoir autour du repas, tout le monde est là à cinq heures du soir."
Un quart d'heure, trois jours, un an, dix...le temps que nous avions passé sans se voir n'existait plus. Nous étions tous là, chez ma grand-mère, dans sa maison petite par la taille mais grande dans nos souvenirs.
Dans la famille nombreuse que nous sommes, nous avions tous un lien particulier avec cette maison, ses habitants et son jardin.
Cet endroit avait été témoin de milliers de jeux d'enfants. Ces arbres avaient connu des centaines de cabanes, abrité des oiseaux de toutes les couleurs, entendu des rires d'enfants, peut-être même quelques secrets.
Ces hautes herbes avaient connu des tas de cache-cache, avaient été foulées par des tas de chaussures de toutes les tailles et par des dizaines de pattes, d'ergots et de sabots.
Cette terre quant à elle avait donné des kilos de pommes de terres, accueuilli beaucoup de fleurs, de petites voitures et de tracteurs.
Ces fleurs avaient abrité des chats, des coccinelles, des abeilles, des papillons, elles contribuaient à créer un paradis sur terre.
Ce jardin était pour moi un trésor. Comment avais-je pu oublier toutes les sensations qui m'envahissaient à chaque redécouverte du jardin?
Chaque marche était différente et apportait son lot de découvertes, un perce-neige par ci, une jonquille par là, une primevère cachée et une grenouille qui, par un sautillement m'empêchait de rêver.
Ralentir en marchant près des roses pour se délecter un instant encore de leur parfum, cueuillir du lilas, créer des parfums en mettant des pétales dans l'eau et, sans le savoir, créer du purin.
Voire rougir les premières groseilles de l'année,en voler pour goûter, cueuillir les mûres, l'odeur de la confiture.
S'asseoir sur un muret et écouter la musique d'une abeille par ci, du chant d'un oiseau par là et se laisser bercer par le bruit du vent entre les feuilles.
S'émerveiller d'un rien en observant la danse des papillons, la grâce des libellules se posant sur les feuilles, les gouttes de rosée sur une toile d'araignée, voire s'ouvrir les boutons des fleurs.
Et c'est en compagnie du soleil et d'un livre sur ma terrasse que me suis revue plus jeune, souriante, assise sur un muret de pierre couvert de roses et de chèvre-feuille, j'avais alors compris que ma madeleine était un jardin, celui de ma grand-mère.
